J’ai toujours chanté, au plus loin
que je puisse me souvenir, enfant, je portais ce désir, cette joie de vie à
faire vibrer. C’était, j’imagine, une façon d’être, de m’enraciner dans ce
monde. Chanter m’a toujours semblé plus facile que parler ou écrire. J’étais
loin de me douter que cette joie, ce plaisir, tout au long de ma vie, serait
l’acte de tracé, le courant de fond permettant d’inscrire une route, un chemin,
une démarche artistique, un devenir intérieur.
Mon parcours commence à 7 ans lorsque
je suis initiée au chant classique en intégrant une chorale. Mon intérêt pour
cette discipline m’incite à suivre des cours privés et, en 1991, je me distingue
avec un premier prix lors du Concours provincial de musique de Sillery. À l’âge
de 15 ans, je reçois mon premier contrat professionnel ; récital classique en
hommage au peintre Coscrove lors de sa rétrospective dans le cadre du Symposium
de Baie St-Paul. L’adolescence fut une période plus indisciplinée, une envie de
faire pause ou peut-être un trait d’union, envie de découvrir, de rechercher, de
goûter autre chose. Mon plus grand plaisir sera la découverte du Blues, du Rock
et du Jazz et, simultanément la passion des mots, de l’écriture, de la
poésie.
En cette même période, au secondaire,
quelque chose a surgi et m’a sauvé, alors que j’étais sur le point de quitter,
laisser mes études. Il était question d’une concentration de deux ans en
Théâtre, pour moi, cela s’est présenté comme une bouée de sauvetage, un encrage,
un endroit où tout faisait sens et j’ai donc été en mesure de terminer mes
études grâce à cette passion révélée. Vient alors le moment de faire un choix
crucial quant à la direction, la suite marquant la période de la jeune vingtaine
en vue de mes études au Cégep. Je garde en mémoire ce tiraillement intérieur qui
me hantait, à savoir si je retournerais en concentration musique ou théâtre.
Étant incapable de choisir, je décide de faire pause et, d’écouter cette envie
de liberté, alors je pars, je prends une année pour voyager dans l’Ouest
canadien, trouve un travail et me plonge dans un environnement anglophone et
découvre le plaisir de chanter pour la première fois dans un bar, une boîte à
chanson à Banff.
De retour à Québec, mon choix s’était
précisé, je renoue avec le chant classique, un retour aux sources, et commence
mes études collégiales au Campus Notre-Dame-de-Foy. Pendant une période de trois
ans, formation intensive, ensemble de chant, répertoire individuel et immersion
dans le monde de l’opéra comme interprète. J’aurai le grand bonheur de recevoir
le rôle de Mimi dans La Bohème de Puccini et de me plonger dans un premier rôle
de composition au sein de l’œuvre l’Opéra de Quat’sous (K. Weil). Je devais pour
la première fois créer un personnage puisque j’étais maître de cérémonie,
faisant le pont entre les scènes et, quel bonheur de découvrir Mack the Knife!
C’était pour moi comme un monde parfait, où le chant classique, le théâtre, des
sonorités nouvelles et la liberté de créer, faisaient liaison d’unité. En 2003,
lors de ma dernière année, je décide de me présenter au concours annuel offert
aux étudiants du département de musique classique, et suis récipiendaire d’un
prix d’excellence, pour la première fois, prix attribué à une étudiante en chant
classique.
Il suffisait de continuer puisqu’un
avenir prometteur se présentait, seulement même si tout semblait rouler comme
sur des roulettes, j’étais en conflit intérieur et savais que poursuivre et
tendre vers une carrière en chant classique n’était pas ma destinée et encore
moins dans un cadre universitaire. Persistait en moi le désir de création, de
liberté, ne sachant aucunement quelle direction prendre. A surgi alors dans ma
vie une rencontre décisive par le biais de mon professeure de chant au Collège,
qui connaissait le Théâtre de Recherche le Contre-Courant (Québec) et LeThal
(Toronto). Tous deux collaborateurs depuis le milieu des années 80 et offrant
une formation sur la présence et le développement de l’acteur et de l’artiste
performeur de scène. Je me souviendrai toujours de mon premier atelier de
travail-entraînement scénique, à Québec, au Centre Alyne-Lebel, en 2003 à l’aube
de mes 24 ans. Je me souviens qu’à cet instant, je savais que j’étais au bon
endroit, puisqu’il était question de faire surgir l’être humain, de faire vibrer
ses profondeurs et pour la première fois cette discipline était complète et
entière à mes yeux; Voix-texte-mouvement- et liberté de création. Ce fut donc un
terreau fertile, une terre de reconnaissance. Je débute alors mon travail de
création et de structuration guidée par Jane O’Reilly, Nicole Champagne et
Richard Nieoczym, qui assisteront aux différentes phases de création de la pièce
Wilderness Burn-Nature de Feu. Une création originale, un one-woman show, une
performance théâtrale et musicale en version anglaise et par la suite traduite
en version française, tissée à travers trois cycles de poèmes distincts
incorporant la poésie, le chant, le travail de l’acteur et la
musique.
Wilderness Burn est une pièce
maîtresse qui m’a permis de me forger comme artiste de scène, comme créatrice,
et ouvrait la voie à ce que j’étais depuis toujours, une auteure-compositrice
interprète, poète, comédienne, chanteuse. Entre 2006 et 2017, je me suis engagée
à la création et au développement de ce projet dans ses différentes phases de
création et de présentation. En 2009, j’entame la composition vocale et musicale
guitare-voix sur les textes-poèmes Wilderness Burn de Richard
Nieoczym.
En cette même année, je suis invitée
à la Grande Nuit de la poésie animée par Nora Atalla, où je présente quelques
poèmes et chants tirés du projet Wilderness Burn. Je me retrouve alors à faire
la rencontre du cercle vivant des poètes de Québec, et ce fut pour moi une façon
de m’insérer dans un milieu culturel et de développer amitiés et collaborations.
Période qui marque aussi mon intérêt certain pour le Jazz et le Blues, entre
2010 et 2012, j’enregistre deux CD regroupant un répertoire des années 50 et,
forme un trio de Jazz voix-Contrebasse et Batterie auprès de Pierre Côté et PE
Beaudoin. Nous avons créé un rendez-vous mensuel au Café Babylone et tenu la
barre de ce projet pendant presque une année.
La pièce
Wilderness Burn, ne m’a pas forgé uniquement comme artiste de scène, mais
également et simultanément, ce projet m’a permis de développer les qualités
nécessaires au processus d’autoproduction indépendante et de collaboration.
C’est-à-dire que je devais travailler à créer le projet et trouver des lieux de
diffusion et de production, afin de présenter le projet à Québec. En 2011 au
Studio P, je présente et organise une première soirée-bénéfice afin de trouver
les fonds me permettant de présenter mon projet en version originale anglaise,
faisant appel au cercle établi des poètes de Québec. En 2013 en collaboration
avec le théâtre de recherches Le Contre-Courant (Québec) et LeThal (Toronto) je
suis initiée à ma première grande coproduction afin de présenter la pièce
Wilderness Burn en version originale anglaise et en langue française traduite,
au Théâtre Prospero à Montréal, et je me présente sous le nom de Rivière
Obsidienne River. Depuis, j’ai présenté en des contextes différents, des
extraits du projet. Entre autres, en 2016, lors du Printemps des poètes (Québec)
et en 2017 lors d’un Festival de performance brève au Festivaleke (Belgique), et
dans la cadre des Journées de la Culture à St-Raymond (Québec) en 2006. Journée
intense, où j’ai été invité à faire un extrait du projet Wilderness Burn pour
une petite audience dédiée aux enfants, extrait du premier cycle de poème
s’intitulant Les Poèmes de la Terre. En soirée, je présentais et partageais,
accompagnée du trio jazz de la soirée, quelques-uns de mes poèmes.
En 2017, également, je suis artiste
invitée au Tam Tam Café lors des soirées de poésie animées par André Marceau. En
octobre, même année, même lieu, je présente et organise une quatrième soirée de
poésie et musique improvisée s’intitulant Chien Lumière. Le fruit du hasard,
s’il existe. Je cherchais un endroit, et par accord de circonstance, cette
soirée a émergé. Je suis invitée en novembre de cette même année lors de la
soirée-bénéfice Développement et Paix, à partager deux compositions
guitare-voix.
En septembre 2019, je souhaite
continuer et créer des rendez-vous poétiques, des Salons intimes où la poésie et
la musique se touchent et se façonnent. Soirée de création de poésie libre avec
musique improvisée et jazz.
Je travaille actuellement à créer et
assembler un projet de musique en tant qu’auteure-compositrice interprète. Je
souhaite aussi renouer, retrouver le monde des Standards de Jazz, pour la joie,
le plaisir de chanter ce répertoire. Je garde éveillé le répertoire des chants
et chansons tirées du projet Wilderness Burn – Nature de Feu, et souhaite faire
un enregistrement, un CD, afin de présenter le projet en musique, avec pour
certains passages, la présence, la collaboration de musiciens. Sincèrement, je
ne pense pas revenir au chant classique. Mais je sais que cette musique,
toujours me bercera, me guidera, me guérira. Une mémoire douce, une présence de
vie nécessaire.